Les rivières du bassin sont caractérisées par des extrêmes hydrologiques, c’est à dire des variations très importantes et très rapides des niveaux d’eau.
Le débit de la rivière Ardèche à son exutoire, suivi depuis 1940, a ainsi connu sa valeur la plus haute le 30 septembre 1958 avec 4 810 m³/s et la plus basse le 8 septembre 1991 avec seulement 2,3 m³/s. Soit un rapport de plus de 2000 !
LES CRUES CÉVENOLES
Succédant souvent aux étés très secs, les crues de l’Ardèche et de ses principaux affluents sont connues pour être rapides, brutales et avec des hauteurs d’eau records, en particulier à l’automne lors des « orages cévenols ». Leur violence peut provoquer des dégâts considérables : il peut pleuvoir en quelques heures plus qu’à Paris en une année entière !

Le phénomène cévenol
Les orages « cévenols » se forment préférentiellement au début de l’automne, lorsque l’eau de la Méditerranée est très chaude.
De l’air chaud et humide remonte depuis la Méditerranée et vient buter contre le relief des Cévennes. Cet air s’élève et se refroidit en altitude. L’atmosphère devient alors instable et des orages se développent.
Les précipitations engendrées sont très intenses et peuvent durer plusieurs heures voire parfois 2-3 jours car les nuages sont bloqués et se réalimentent en continu. On parle d’événements « stationnaires ».
La géologie et la morphologie du bassin versant
Sur le haut-bassin, les fortes pentes ainsi que la présence de roches imperméables ne permettent pas l’infiltration et accélèrent l’écoulement des eaux de pluie. De plus, après la sécheresse estivale, à la surface des sols particulièrement secs, se forme une sorte de croute hydrophobe. L’eau des pluies ne peut pas s’y infiltrer et ruisselle donc de manière plus importante.
Une morphologie du bassin versant, avec des rivières aux lits étroits, parfois même en zones de gorges, et qui convergent « en entonnoir », entraine aussi une concentration des eaux.
Ainsi sur certains secteurs, on observe de véritables goulots d’étranglement et une montée des eaux très rapide. Toutes ces conditions se conjuguent pour donner lieu à de fortes crues, responsables d’inondations importantes à cinétique rapide.


Des facteurs humains aggravants
Avec le temps, certaines pratiques et occupations des sols autour des rivières peuvent aggraver l’intensité de ces inondations et leurs conséquences.
Ainsi, l’imperméabilisation des sols (parkings, bâtiments, routes…), empêche l’infiltration des eaux de pluie et accentue le ruissellement.
L’abandon de zones de culture ou l’absence d’entretien de la végétation par les propriétaires riverains augmentent le risque que des bois morts encombrent le lit de la rivière et gênent l’écoulement des eaux.
Les extractions historiques de matériaux (galets, sable) et certains ouvrages de “protection” (digues, enrochements, épis…) empêchent la rivière de se ralentir naturellement, de dissiper son énergie et accélèrent le courant à l’aval, ce qui favorise les désordres (érosions …).
Le changement climatique, une influence sur les crues encore difficile à prévoir
Les observations réalisées depuis 1960 font état de :
• une augmentation significative de l’intensité des précipitations extrêmes ;
• une augmentation de la fréquence des épisodes cévenols localisés ;
• une survenue des épisodes cévenols de manière plus aléatoire au cours de l’année.
Même si les chroniques dont on dispose aujourd’hui ne permettent pas de conclure nettement, il est très probable que les épisodes pluviométriques extrêmes et les inondations deviennent plus fréquents et plus intenses, à n’importe quelle saison.
LES ÉTIAGES
Des sécheresses naturelles…
L’étiage se définit comme la période de l’année où les niveaux d’eau sont les plus bas. Sur le bassin versant de l’Ardèche, l’étiage est généralement atteint au mois d’août lorsque les températures et la sécheresse sont les plus importantes et les prélèvements en eau les plus élevés. Cet étiage peut parfois se prolonger durant l’automne en l’absence de pluies.
Les étiages sont particulièrement sévères du fait de la combinaison de plusieurs facteurs :
- un climat méditerranéen avec des étés chauds et de longues périodes sans pluie,
- un relief marqué qui favorise un ruissellement rapide des eaux de pluie au détriment de l’infiltration dans les sols,
- l’absence de grandes nappes souterraines permettant de stocker de grandes quantités d’eau en hiver et les restituer lentement et longtemps aux rivières jusqu’en été.
Ainsi, les niveaux d’eau de l’été dépendent très fortement et directement des conditions météorologiques du moment.


… aggravées par les prélèvements et le changement climatique
Bien qu’il s’agisse d’un phénomène naturel, ces étiages sont amplifiés par les prélèvements effectués par les différents usagers :
✔ la production d’eau potable (environ 12 millions de m3/an, dont 6 durant la période d’étiage),
✔ l’agriculture (3 à 5 millions de m3/an, essentiellement l’été),
✔ l’industrie (environ 300 000 m3/an de prélèvement direct dans les milieux),
✔ et les usages domestiques (par prélèvements directs par les particuliers au travers de pompages, forages, puits – difficilement chiffrables).
Globalement le bassin versant est en déséquilibre quantitatif car les besoins en eau y sont supérieurs à la ressource disponible, perturbant ainsi le bon fonctionnement écologique des rivières, qui pour certaines se retrouvent parfois en assec. Certains sous bassins sont même officiellement classés en Zone de Répartition des Eaux par arrêté préfectoral et sont soumis à une réglementation particulière.


DES NIVEAUX D’EAU ARTIFICIELS SUR CERTAINES RIVIÈRES
Les niveaux d’eau dans les deux principaux cours d’eau du bassin, l’Ardèche et le Chassezac (dénommés axes soutenus en bleu sur la carte ci-dessus), sont également largement modifiés par la présence de grands aménagements hydroélectriques :
- l’aménagement du Chassezac situé entre Lozère et Ardèche avec 6 barrages sur le Chassezac, l’Altier et la Borne,
- l’aménagement dit de « Montpezat » qui est composé de 2 barrages sur la Loire et le Gage ainsi que d’une prise d’eau dans le lac naturel d’Issarlès, situés sur le versant Loire et qui achemine l’eau sur le bassin versant de l’Ardèche au niveau de l’usine hydroélectrique de Montpezat-sous-Bauzon sur la Fontaulière, affluent de l’Ardèche.
Ces aménagements génèrent à la fois :
- des phénomènes d’éclusées, c’est à dire des augmentations soudaines du niveau de l’eau lorsque les usines produisent de l’énergie en déstockant l’eau des barrages-réservoirs. Ce fonctionnement a lieu principalement durant l’automne et l’hiver lorsque l’eau est abondante et la demande énergétique forte
- et ce que l’on appelle le « soutien d’étiage » des rivières, en période estivale, en apportant un débit supplémentaire au cours d’eau, nécessaire au bon état des milieux et contribuant à la satisfaction des différents usages (eau potable, irrigation, industrie, loisirs).
L’essentiel des missions de l’EPTB Ardèche et la façon dont il intervient sur le bassin versant découlent de ces 3 grands principes :
- prévenir les risques liés à des inondations rapides et intenses, impliquant des volumes d’eau tels qu’il est impossible d’envisager de « retenir » les crues ;
- réduire les déséquilibres vis-à-vis de la quantité d’eau disponible, en particulier à l’étiage, moment où les rivières sont les plus fragiles et les besoins des usages sont les plus forts ;
- plus les milieux aquatiques seront en bon état et fonctionnels, mieux ils s’adapteront aux diverses pressions et permettront d’assurer leurs rôles naturels.
