LA RIVIÈRE : UN SYSTÈME DYNAMIQUE
En fonctionnement naturel, une rivière transporte dans son lit un débit liquide, l’eau, et un débit solide, les sédiments.

En réponse aux variations de débit liquide (crues), le cours d’eau se déplace, érode les berges, transporte les sédiments d’amont-en aval comme sur un tapis roulant, les dépose (atterrissements) et les récupère, de manière à trouver un équilibre entre les matériaux qu’il transporte et l’eau capable de les évacuer. Par ce phénomène, le cours d’eau ajuste sa pente et la forme (morphologie) de son lit. On parle de dynamique alluviale.
Les matériaux de rivière (sédiments) et le transport solide jouent un rôle primordial dans le bon fonctionnement des rivières :
- le passage et le brassage de l’eau entre les cailloux du fond du lit permet d’avoir une eau plus fraîche et bien oxygénée. Le sable est également un filtre naturel très efficace. On parle d’autoépuration de l’eau ;
- en crue, l’eau de la rivière dissipe son énergie en s’étalant, divagant et transportant cailloux et galets. La crue est ainsi moins forte à l’aval ;
- les sédiments sont des supports de vie pour la faune et la flore aquatique. Certains de ces organismes sont même capables de « digérer » certains polluants.

DES COURS D’EAU AUX FONCTIONNALITÉS DÉGRADÉES

Sur le bassin versant de l’Ardèche, l’état morphologique des cours d’eau et le transport sédimentaire ont été fortement altérés par les différentes interventions humaines.
Les causes de ces perturbations sont diverses :
- les importantes extractions de matériaux réalisées entre les années 1960 à 1990 sont la principale cause de dégradation morphologique des cours d’eau du bassin versant de l’Ardèche. Aujourd’hui on évalue le déficit en matériaux sur les 3 principaux cours d’eau (Beaume, Chassezac, Ardèche) à 6.5 Mm3;
- les actions de curage et de recalibrage de cours d’eau, visant à rendre les rivières rectilignes ou à modifier leur cours ;
- l’artificialisation des berges et du lit des cours d’eau, qui empêchent la rivière de divaguer et la déconnecte de ces zones de fournitures de matériaux ;
- les ouvrages transversaux (seuils et barrages), construits pour dévier l’eau ou la stocker, bloquent les sédiments qui s’accumulent dans les retenues.
Aujourd’hui, du fait de ces interventions, de nombreux secteurs de rivière présentent des dégradations morphologiques graves, parfois irréversibles. Certains tronçons de rivière sont complètement dépourvus de matériaux, laissant le fond du lit nu, et faisant apparaître la roche mère ou substratum rocheux.
Or, une rivière en déficit de matériaux va « chercher » à se recharger en sédiments et ajuster sa géométrie, et pour cela elle va éroder davantage et son lit va s’enfoncer peu à peu, on parle d’incision.
Elle se déconnecte progressivement de la berge et des annexes alluviales (zones humides, ripisylves, plaines), mais aussi de sa nappe d’accompagnement, provoquant des problèmes d’alimentation en eau (potable ou pour l’irrigation) et une dégradation des habitats alluviaux et de la biodiversité associée. Les écoulements en crue sont plus rapides et violents, et les dégâts plus importants.
Une rivière sans matériaux et figée, c’est une rivière moins résiliente, moins fonctionnelle, qui ne peut pas satisfaire les services naturels qu’elle rend à l’homme habituellement (auto-épuration de l’eau, alimentation en eau potable, expansion des crues, biodiversité…). C’est pourquoi des projets de restauration des cours d’eau sont entrepris par l’EPTB Ardèche.

DES MILIEUX A PRÉSERVER
Les aménagements anthropiques des cours d’eau constituent la principale menace des ripisylves. Les travaux de type curage, recalibrage, endiguement, etc… en modifiant le lit, les berges et la dynamique de débordement des cours d’eau, impactent fortement ces milieux.
La destruction directe des ripisylves est également une des causes majeures de leur disparition (coupe excessive/coupe à blanc), c’est pourquoi elle est à proscrire.

Enfin, on constate une dégradation de ces forêts alluviales du fait de la colonisation des berges et du lit des cours d’eau par des espèces exotiques envahissantes.
LA GESTION DES RIPISYLVES : POURQUOI ? QUI ? COMMENT ?
Intrinsèquement liées à la dynamique de la rivière, les forêts alluviales se créent et se transforment au gré des processus naturels (submersion, érosions, dépôts…), sans nécessiter d’intervention humaine, permettant aux ripisylves d’être saines, diversifiées et fonctionnelles.
Néanmoins, un entretien de cette végétation peut s’avérer nécessaire dans certains cas, dès lors qu’il y a la présence d’un enjeu particulier ou d’un dysfonctionnement :
- Protection d’enjeux humains contre les inondations (rétrécissement du lit, ponts, ouvrages, traversées urbaines…) : limitation des embâcles et de l’apport de bois mort, coupe raisonnée préventive…
- Ripisylves dégradées (état sanitaire, végétation homogène ou vieillissante…) voire absence de ripisylve : recépage, abattage sélectif, plantation d’espèces adaptées, …
- Colonisation par des espèces exotiques envahissantes : mise en place d’une gestion adaptée de ces espèces exotiques (arrachage, fauche, excavation, traitement biologique, autres techniques …)
L’entretien régulier de la ripisylve consiste à intervenir de manière sélective sur la végétation des berges et du lit des cours d’eau de façon à :
Assurer le renouvellement d’une végétation adaptée.
Les actions d’entretien consistent essentiellement en du débroussaillage, élagage, recépage, abattage sélectif et modéré, et l’élimination sélective des embâcles et débris végétaux. En l’absence de végétation sur les berges, des plantations d’essences adaptées peuvent être réalisées pour retrouver une ripisylve fonctionnelle.
Ces interventions doivent être légères, ponctuelles et localisées. Elle doivent être réalisées en automne-hiver, lors de la période de repos végétatif, et de manière à minimiser les impacts sur la faune et la flore.
Assurer le bon écoulement des eaux et limiter l’apport de bois mort et la formation d’embâcle ;
Favoriser la diversité des essences et des classes d’âge (strates végétales) ;

L’entretien régulier des cours d’eau est un devoir des propriétaires riverains (art. L215-14 du Code de l’Environnement). Lien vers la page droits et devoirs des propriétaires riverains.
Néanmoins, l’EPTB peut se substituer aux propriétaires riverains, lorsque des enjeux relevant de l’intérêt général le justifient.
Dans ce cas, l’EPTB Ardèche intervient dans le cadre d’une déclaration d’intérêt général (DIG) et ses interventions sont planifiées dans des plans de gestion pluriannuels, établis sur 5 ans, qui identifient par secteur l’état de la végétation, les enjeux en présence et les objectifs de gestion qui en découlent, ainsi qu’une programmation de chantier.
En dehors de ce cadre d’intervention, l’EPTB accompagne et conseille techniquement les collectivités, usagers et riverains des cours d’eau du bassin versant, pour la définition et la mise en œuvre de leurs travaux d’entretien de la ripisylve et des cours d’eau de manière générale.
